Actus

Alex Rins « Je suis fier de ce que j’ai accompli. »

A l’approche du terme de ses trois saisons de MotoGP avec Yamaha, Alex Rins s’apprête à mettre fin à sa carrière de pilote. L’Espagnol dresse un bilan mitigé d’une expérience qui ne lui aura pas permis d’obtenir les résultats qu’il espérait.

Vous avez 30 ans. N’est-ce pas trop jeune pour prendre votre retraite ?

Mentalement et physiquement, je sens que j’ai encore de la force et du potentiel. De ça, je suis sûr, même à 100 ou 200 %. Mais compte tenu des décisions qui ont été prises, c’était la seule voie possible pour moi. Nous avons une moto qui manque de performances. Et avec les résultats que j’obtiens avec cette moto, je n’étais pas vraiment en position de trouver une place dans une autre équipe. Quand j’ai prolongé avec Yamaha, le plan était un projet à moyen-long terme. Mais l’équipe a décidé de prendre deux nouveaux pilotes l’an prochain...

Vous n’avez pas envisagé un passage Superbike ?

Il y avait des possibilités. Nous avions notamment deux opportunités avec des Ducati satellites, disons à moitié officielles, à moitié satellites. Mais cette option ne m’a pas suffisamment convaincu. Après quinze ans dans ce championnat du monde, j’ai décidé de m’arrêter ici.

Un rôle de pilote d’essais aurait pu vous intéresser ?

Il ne faut jamais dire jamais. Mais cela fait trois ans que je suis chez Yamaha, depuis 2024, et je n’ai pas vu une grosse amélioration de la moto dans les résultats. La lutte a été réelle. Au bout d’un moment, cela m’a un peu enlevé l’envie de rouler. Pour l’instant, je quitte donc ce monde, celui du MotoGP. On verra dans six mois, dans un an. La porte est fermée, mais elle n’est pas verrouillée. Aujourd’hui, j’ai besoin de me retrouver. Nous vivons sous pression dix ou onze mois par an. Et quand les choses ne se passent pas comme tu le voudrais ou comme tu les avais prévues, cette pression finit vraiment par te fatiguer.

Comment abordez-vous vos dernières courses en MotoGP ?

Je me sens plutôt bien. J’ai toujours beaucoup d’ambition et j’essaie de profiter de ces dernières courses. J’ai encore faim. Notre moto est rapide dans certains domaines, en vitesse, dans les virages, dans plusieurs secteurs. Mais nous connaissons aussi ses points faibles. Malgré cela, j’ai toujours cette envie d’obtenir quelque chose avant la fin.

Est-ce que ce que Fabio Quartararo réussit actuellement avec la Yamaha vous impressionne ?

Oui, surtout sur cette dernière partie de saison. Pendant la première partie du championnat, nous étions très proches. Il obtenait de bons résultats, mais nos performances étaient assez similaires. Sur les dernières courses, en revanche, notamment en Autriche, à Misano et au Japon, son rythme a été nettement supérieur au mien.

Vous avez couru toute votre carrière MotoGP avec des constructeurs japonais. Comment expliquez-vous leurs difficultés actuelles par rapport aux Européens ?

C’est difficile à dire. Lorsque j’étais chez Suzuki, le développement était important. Mais, par exemple, Yamaha a aussi énormément développé pendant mes deux premières années avec eux, en 2024 et 2025. Chaque constructeur possède ses propres difficultés et surtout sa propre manière de travailler. Je ne pense pas que ce soit simplement une question de constructeurs japonais. Je ne parlerais même pas de « problème ». Je parlerais plutôt de manière de travailler.

Vous avez été vice-champion en Moto3, vice-champion en Moto2 et troisième en MotoGP. Qu’est-ce qui vous a manqué pour devenir champion du monde ?

En Moto3, un virage. En Moto2, une clavicule cassée. Et en MotoGP, une blessure de trop à Jerez. Mais je suis fier de ce que j’ai accompli. J’ai réussi à me battre pour le championnat du monde dans les trois catégories. En Moto3, dès ma deuxième saison, je me battais presque à chaque course avec Maverick Viñales et Luis Salom. En Moto2, dès ma première saison, j’ai terminé deuxième du championnat. Et en MotoGP, en 2020, lorsque j’ai terminé troisième, je me suis luxé l’épaule à Jerez pendant les qualifications. J’ai manqué la première course et, lors de la suivante, je n’étais évidemment pas à 100 %. Ce sont des choses qui ont compté.

Est-ce que votre grosse blessure à la jambe en 2023 a marqué le début du déclin de votre carrière ?

Non. Pas du tout. Cette année-là, j’avais gagné dès ma troisième course avec Honda. Évidemment, cette blessure a cassé ma progression chez Honda, ça oui. Mais je ne pense pas qu’elle ait marqué le déclin de ma carrière. J’ai complètement récupéré. Il m’a fallu presque un an pour retrouver ma jambe et je n’ai peut-être pas marché normalement avant 2025, mais sur la moto je me sentais parfaitement bien.

C’était simplement une très grosse blessure.

Quel restera votre meilleur souvenir de toutes ces années ?

Les batailles en piste. Et les gens. Toutes les personnes que j’ai rencontrées. Dans ce paddock, il y a de bonnes et de mauvaises personnes, comme partout. Mais j’ai eu la chance de rencontrer énormément de gens et, dans l’ensemble, beaucoup de très bonnes personnes au cours de ma carrière.

Quel est votre plus grand regret ?

Je ne sais même pas vraiment comment définir un regret. Dans notre vie, tout va très vite et nous devons prendre des décisions rapidement. Bien sûr, j’ai pris certaines décisions qui n’étaient probablement pas les bonnes. Mais lorsque je les ai prises, à ce moment-là, j’étais convaincu qu’il fallait aller dans cette direction. Alors je ne sais pas si je peux vraiment parler de regrets.


 

Comment aimeriez-vous que les fans se souviennent de vous ?

J’aimerais qu’ils se souviennent de moi comme d’un bon gars, d’un pilote talentueux et simplement de la personne que je suis.