Actus

Théo Pourchaire  « On est là pour faire gagner le Team Peugeot TotalEnergies »

Né à Grasse, dans l’arrière-pays niçois, Théo Pourchaire aurait pu rêver de cols enneigés et de Rallye Monte-Carlo, comme son père… Mais c’est Monaco et son Grand Prix qui fascinaient l’ado qu’il était. A 15 ans, Théo avait déjà un beau palmarès international en karting. Plus jeune vainqueur en Formule 3 (à Monaco, tiens, tiens…), plus jeune poleman et vainqueur en Formule 2 (toujours à Monaco !) sous les couleurs d’ELFavec l’équipe ART GP, l’avenir semblait tout tracé, surtout après son titre mondial en F2, l’antichambre de la F1… Mais les portes de la F1 sont restées closes et Théo a trouvé refuge en Endurance, au sein de l’équipe Peugeot TotalEnergies avec laquelle il dispute sa première saison mondiale et ses premières 24 Heures du Mans en catégorie-reine à 23 ans.

Quand on naît à Grasse, on fait du rallye, non ? Alors pourquoi le circuit ? 

Ah, on me l'a dit beaucoup de fois ! Ma passion du Motorsport vient de mon père qui, pour le coup, était passionné de rallye. C’est lui qui m’a fait découvrir le karting quand j’avais trois ans et je le remercie pour ça. Il a aussi été mon mécanicien à mes débuts en compétition. Mais honnêtement, je ne pensais pas faire carrière en sport automobile.

Tout est allé très vite pour toi. A 10 ans, tu intègres la FFSA Academy. A même pas 15 ans, tu avais déjà acquis un gros palmarès en karting.

J’ai gravi les échelons. J’ai été champion de France de karting et j’ai ensuite couru en championnat d’Europe et du monde. C'est en karting que j'ai appris le plus. Le niveau est très élevé, on est très jeune, il y a peut-être 100 pilotes par catégorie, ça se joue au millième sur la piste… Le karting m'a appris la bagarre en peloton, la gestion d’une course, la gestion de la pression, le travail avec les mécaniciens et les ingénieurs – on en avait déjà en karting – ; c’est l’école du Circuit.

Tu es ensuite logiquement passé à la monoplace, en Formule 4 France puis en Allemagne où tu décroches le titre après une saison très disputée.

La monoplace t’apprend davantage le pilotage, le travail sur les set ups des voitures etc. J’ai été champion Junior F4 en France, puis champion en Allemagne la saison suivante. Là, c’était mieux structuré et professionnel, ça ressemblait déjà à la F3.

En 2020, tu as rejoint la Formule 3 chez ART GP et tu deviens le plus jeune vainqueur en F3 à 16 ans ! Tu finis la saison vice-champion.

La F3, c'est un step au-dessus. On roule lors des week-ends de F1, sur les mêmes circuits, face à des adversaires très rapides, donc la pression monte d'un cran. J’ai effectivement gagné dès la deuxième manche à 16 ans et 10 mois et Lewis Hamilton est venu me féliciter, quelle fierté !

L’année suivante, tu es resté chez ART GP mais en Formule 2, l’antichambre de la F1… A Monaco, tu deviens le plus jeune poleman et vainqueur en F2.

La F2, c'est normalement la dernière étape avant la F1, ou en tout cas la dernière étape avant d'être pilote professionnel. Le nombre de concurrents se réduit au fur et à mesure que l’on progresse, et à la fin, il reste peu de monde. Il y a plein de raisons à cela, comme le budget. Il y a des pilotes qui n'avaient pas forcément de gros sponsors et qui ont dû arrêter avant ou prendre d'autres chemins. Et il y a aussi le niveau, forcément, car plus on monte, plus c'est dur…

Tu progresses encore en 2022 avant d’être titré champion de F2 en 2023, ce qui ouvre généralement la voie à une belle carrière en Motorsport, à la F1…

Ce titre F2 m'a permis de devenir pilote professionnel et d'avoir d'autres opportunités, mais pas celles de la F1. J'ai fait une course en Super Formula au Japon et six en Indycar aux USA, deux belles expériences. Mais sur une saison, c'est peu… Ma dernière course en 2024, c'était au mois de juillet… Ça fait bizarre car je venais de gagner la F2 et jusque-là, j’avais toujours eu des programmes complets. Du jour au lendemain, je me retrouve sans rien, ce n'est vraiment pas simple à gérer…

Et là, tu es convoqué pour le Rookie Test de Bahreïn sur la Peugeot 9X8. Comment s’est fait le rapprochement avec Peugeot TotalEnergies ?

C'est vrai qu'avec mon manager, qui est un ami, on avait essayé de trouver des opportunités. On avait contacté pas mal de personnes, pas mal d'équipes dans différents championnats, sans trop avoir de réponses… Souvent, les teams préfèrent faire confiance à des pilotes expérimentés dans tel ou tel championnat, capable de performer de suite… Pour moi, c’était compliqué bien que j’ai été performant toute ma carrière… Au fond de moi, je savais que ça allait s’arranger… On a contacté Peugeot, le premier rendez-vous s’est super bien passé. J’ai ensuite disputé le Rookie Test à Bahreïn, et là aussi, tout s’est bien déroulé. 

Peugeot TotalEnergies t’a nommé pilote de développement, et c’est en fin d’année 2025 que tu as débuté en course, toujours à Bahreïn.

Il n'y avait pas d'opportunités d’être titulaire en WEC sur la saison 2025, mais j’ai eu la chance de rouler en LMP2 pour apprendre l’Endurance. C’était une très riche expérience et ça m’a permis d’apprendre les spécificités de la discipline, comme le changement de pilotes, la gestion du trafic, des pneus, de la consommation… Plein de paramètres propres à l’Endurance. Et même piloter dans une voiture fermée, ce que je n’avais jamais fait ! Je suis arrivé beaucoup plus confiant pour ma première course en Hypercar et je pense que ça s'est vu. C'était super cool. J'étais content d'être avec Loïc et Malthe dans la voiture, ils m'ont bien accueilli et m'ont beaucoup aidé à me mettre en confiance. 

Quel regard poses-tu sur l’Endurance et le FIA WEC désormais ?

La mentalité est complètement différente, parce qu'on représente un constructeur, une équipe de course. Donc, on est là pour faire gagner la marque Peugeot avant tout. Sur la piste, c’est plaisant de se battre contre une Ferrari, une Aston Martin… Tu as aussi cette notion de partager le volant avec deux équipiers. En monoplace, tu as ta voiture, tes réglages, ton équipe, tes ingénieurs, tes mécanos, et ton coéquipier, c’est ton premier rival car c’est le seul avec qui tu peux te comparer directement. Tu veux toujours être devant lui. En Endurance, on fait partie d’un équipage, on doit se faire confiance, s’entraider… Sans eux, on ne peut pas gagner. Tout ça, je ne l’avais pas acquis en karting ou en monoplace. Ah, sauf une fois, j’avais disputé les 24 Heures de karting, c’était cool ! Le FIA WEC est un très, très beau championnat. Il y a un niveau exceptionnel, donc il faut vraiment maximiser tous les détails. Il y a beaucoup de travail avec les ingénieurs, sur le simulateur. C'est très professionnel.

Comment vois-tu cette saison FIA WEC et les 24 Heures du Mans en Hypercar ? Ça va être un grand moment ! Quelles sont tes ambitions pour 2026 ? 

Ça va être un grand moment, ça c'est sûr ! En tant que Français, rouler pour Peugeot aux 24 Heures du Mans ! Et avec le Centenaire de la marque au Mans, ça va être sympa ! J'ai hâte, ça c'est sûr. En termes de performance, il faudra faire du mieux possible. On ne sait jamais ce qui peut se passer. Le Mans, c'est tellement une course chaotique parfois, surtout si la météo s’en mêle. Pour la saison FIA WEC, l'équipe a fait quelques podiums l'an passé et elle n’est pas passée loin de décrocher sa première victoire. Il y a des équipes qui ont eu un peu plus de chance que nous à certains moments. C'est dommage, mais c'est comme ça. En Endurance, il y a tellement de facteurs incontrôlables, de concurrents en piste, différentes catégories. Il se passe beaucoup de choses. Donc, il faut juste maximiser son propre potentiel. Je suis heureux de poursuivre avec Loïc et Malthe sur la #94 et j’espère continuer longtemps dans le team Peugeot TotalEnergies.

Un mot sur l’engagement de TotalEnergies en Motorsport, qui est partenaire du Team Peugeot. 

J’ai grandi dans l’univers du sport automobile en regardant plein de catégories différentes, alors les marques TotalEnergies et ELF, ça me parle évidemment car je les voyais régulièrement sur les voitures, autour des circuits, dans les paddocks… Moi-même j’ai porté les couleurs d’ELF en F2 chez ART GP.

TotalEnergies fournit le carburant Excellium Racing EVO en FIA WEC. A 23 ans, es-tu sensible à l’environnement et à l’impact environnemental du Motorsport ?

J’y suis très sensible. Je sais qu'en Formule 2, on commençait déjà à avoir un peu de carburant durable. C'était le début, donc on était à moins de 50 %, je dirais 20 ou 25 % de matières durables, mais on allait dans la bonne direction. En Indycar, les pneus Firestone utilisés sur les circuits urbains étaient « green ». En FIA WEC, les nouveaux Michelin sont conçus à 50% avec des matériaux durables. Les Hypercars sont des prototypes hybrides… En Endurance, tout le monde se mobilise pour rendre ce sport plus vertueux tout en gardant son âme avec des voitures plaisantes à piloter, de belles bagarres en piste et un beau spectacle pour les fans. Il faut continuer ainsi.