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Florian Marino : « Il faut accepter que tout ne soit pas parfait »

Après une carrière en vitesse, Florian Marino s’est reconverti dans l’Endurance. Aujourd’hui pilote de l’équipe ELF Marc VDS KM99, le Français a dû changer sa vision de la course pour donner le meilleur de lui-même dans cette discipline faite de compromis.

Vous courez en Endurance depuis 2019. Comment avez-vous vu évoluer la discipline depuis vos débuts ?

Depuis 2019, le niveau général des équipes a clairement augmenté. Avant, même si cela reste encore un peu vrai, on avait trois équipes leaders bien identifiées. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il y en a plutôt quatre ou cinq capables de jouer devant. On voit aussi des motos Stocks vraiment performantes, capables de se placer régulièrement dans le top 6 ou le top 7. Les courses sont devenues plus intenses, plus soutenues. Avant, il y avait davantage cette approche où l’on partait en gardant 15 % de marge, en attendant que la course se fasse. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Tout le monde part quasiment à bloc. Si tu ne prends pas tout de suite le bon rythme, tu loupes le bus et tu te retrouves dans une autre course. Pour moi, c’est vraiment sur l’intensité que l’Endurance a le plus évolué, avec des motos plus performantes et l’arrivée d’équipes ambitieuses, comme la nôtre.

Quelles qualités doit avoir un bon pilote d’Endurance aujourd’hui ?

La première qualité, c’est de tenir dans le temps. Il faut garder de la lucidité quelles que soient les circonstances et être capable de faire les bons choix dans des situations inattendues. C’est un peu le folklore de notre discipline : il se passe toujours quelque chose. Il faut aussi être quelqu’un qui ne râle pas trop… pas comme moi ! Plus sérieusement, il faut accepter que tout ne soit pas parfait. En Endurance, on ne peut pas toujours imposer son rythme ou sa volonté à la course. Il faut parfois composer avec les conditions, avec le trafic, avec la stratégie, avec l’état de la moto ou avec ce qui se passe autour de soi.

Quand on a longtemps couru en vitesse, est-ce difficile de s’adapter à l’Endurance, d’enchaîner les relais en gardant une marge et en évitant les erreurs ?

Ce qui est le plus contre-nature, quand on vient de la vitesse, c’est d’accepter que l’on n’ait pas pu performer comme on le souhaitait. Il faut accepter qu’un tour soit perdu parce que la situation en piste ne permet pas de continuer l’effort. Quand tu viens de la vitesse, tu es réglé pour performer à chaque tour, pour tout donner, pour ne jamais manquer une opportunité. En Endurance, avec l’expérience, tu apprends parfois à perdre un tour ou deux, à te dire que le prochain sera meilleur, plutôt que de prendre trop de risques et de faire une erreur. C’est souvent là que les pilotes issus de la vitesse se trompent au début : ils veulent toujours rentabiliser chaque tour, alors qu’en Endurance, il faut parfois savoir laisser passer une occasion.

L’arrivée de partenaires comme la structure ELF Marc VDS a changé quoi pour l’équipe KM99 ?

Cela a apporté davantage de support technique de manière générale. On bénéficie d’un soutien plus important, que ce soit de la part de Yamaha ou au niveau de la compétence du personnel dans le staff. L’an dernier, nous avons aussi eu la chance d’aller faire des essais à Suzuka, ce que nous n’avions pas pu faire auparavant. Et cette année, le passage aux pneumatiques Bridgestone représente un vrai plus. C’était plus ou moins la dernière pièce qui nous manquait dans notre package. Aujourd’hui, ce soutien nous permet d’avoir un ensemble technique globalement plus performant.

Quelles sont vos ambitions cette saison ?

L’objectif, c’est déjà de réussir une course sans pépin, de tout mettre bout à bout, sans forcément chercher immédiatement à rivaliser avec les équipes leaders. Pour moi, les références restent quoi qu’il arrive le SERT, le YART et FCC. On n’est pas très loin derrière, mais il faut d’abord qu’on arrive au bout d’une course sans qu’un grain de sable vienne enrayer la machine. Aujourd’hui, on n’a pas encore totalement réussi à le faire. Mais je suis convaincu que lorsque nous y parviendrons, le résultat final ne sera pas très loin des meilleurs. Cela créera aussi un vrai déclic pour tout le monde dans l’équipe. On sera probablement un peu moins sur la retenue, avec plus de confiance dans notre capacité à jouer devant.

Quand on vient de la vitesse, partager une moto, faire des compromis sur les réglages et éviter les guerres d’ego, est-ce compliqué ?

Oui, c’est compliqué, surtout quand on est un pilote de vitesse et que l’on débute en Endurance. Aujourd’hui, j’estime que j’ai acquis beaucoup d’expérience dans la catégorie. J’essaie donc de prendre cette situation comme une spirale qui me tire vers le haut. De mon côté, je veux surtout être rigoureux et parfait sur ce que je sais faire, sans forcément chercher plus. Dans notre équipe, nous avons de nouveaux “top guns” qui arrivent, des gars très rapides comme Alessandro Delbianco et Bo Bendsteyner. Rivaliser avec eux sur un tour sec n’a pas vraiment d’intérêt. En revanche, aller chercher la régularité, être présent dans les derniers relais quand la fatigue commence à se faire sentir, ou quand les conditions deviennent piégeuses, c’est là que je peux être performant. C’est aussi une source de motivation. Je préfère avoir des coéquipiers rapides que des gars qu’il faut pousser. Quand les pilotes sont rapides, cela élève le niveau de tout le monde. Après, des pilotes très rapides peuvent parfois être amenés à faire un peu plus d’erreurs dans des situations délicates. C’est là que l’expérience et la régularité prennent toute leur importance.